Les structures spatiales de l’éditorialisation

Marcello m’a demandé d’intervenir dans cette séance sur l’éditorialisation de l’espace, puisqu’il se trouve que l’espace numérique le sujet de mon projet de doctorat. Je commencerai par une très simple question, qui est le problème à l’origine de ma recherche : qu’est-ce que l’espace à l’ère du numérique ?

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Pour essayer de répondre à une si vaste question, je m’appuierai sur un des plus importants penseurs du dit tournant spatial, mouvement qui au cours des années 1960-1970 a commencé à orienter de plus en plus la réflexion en sciences humaines vers la thématique de l’espace, perçue dorénavant comme cruciale. Henri Lefebvre, philosophe français, dans l’ouvrage La production de l’espace, publié en 1974, opéra une tournure fondamentale dans le domaine de l’étude de l’espace sous une perspective humaniste : il refusa de traiter l’espace comme un concept absolu donc vide, abstrait donc mathématique et philosophique donc idéal. Il alla au contraire l’aborder à la lumière de sa propre formation marxiste et conséquemment l’analyser dans sa matérialité, sa concrétude et sa réalité. Il parla, en effet, et pour la première fois, de production de l’espace : un processus complexe, stratifié, entraînant plusieurs instances et acteurs.

L’intuition de Lefebvre est encore aujourd’hui parlante et féconde. Pourtant, mon problème à moi avec la réflexion de Lefebvre est liée à ma situation, désespérée : de formation philosophique, j’ai travaillé dans le domaine de l’esthétique, j’ai fait mon mémoire de maîtrise sur le projet photographique d’un peintre et, enfin, je me trouve dans un département de littérature. C’est quasiment par la force des choses, alors, que j’ai lu Lefebvre au prisme de ces domaines. Envisagé sous cette perspective particulière, ce qui m’a posé problème, dans cet ouvrage qui est par ailleurs génial et innovant sous plusieurs aspects, peut être concentré dans une seule phrase.

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D’après Lefebvre, les pratiques artistiques, littéraires et philosophique – ce que j’appellerai dorénavant l’imaginaire, l’imagination ou le symbolique, pour aller vite – produisent finalement rien d’autre qu’un « espace dominé, donc subi ». En tant que chercheur wannabe dans le domaine de la domination et de la soumission, pour le dire à la Lefebvre, cette façon de qualifier mon sujet d’étude est, au moins, problématique. Si l’on considère en plus la narration courante sur l’immatérialité du numérique, je crois me trouver au bord de l’abysse académique.

Pour mieux comprendre ce positionnement de Lefebvre, je vais vous parler rapidement de la conception de l’espace du penseur français. → SLIDE 3

Le modèle interprétatif qui lui a permis de considérer l’espace comme le résultat d’une production a été résumé par le géographe Edward Soja avec la formule « trialectique spatiale ».

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Le premier élément de la trialectique, à savoir la pratique spatiale, est l’ensemble de politique – à la fois comme gestion de la polis et comme gestion du pouvoir – et économie. Dans une perspective pertinemment marxiste, les deux sont les instances qui créent véritablement l’espace sociale et urbain – c’est-à-dire la structure, au sens marxien du terme.

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Nous avons ensuite les représentations de l’espace : architecture et urbanisme, qui selon Lefebvre sont les structures matérielles et sémiotiques sur lesquelles la pratique spatiale se déploie. Comme vous voyez dans la diapositive qui est derrière moi, les représentations de l’espace créent une infrastructure de matérialisation de la structure sous-jacente.

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Enfin, le troisième élément : les espaces de représentation, c’est-à-dire art, littérature, poésie, bref : l’imaginaire, dont j’ai déjà parlé tout à l’heure. Voici la citation complète :

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« les espaces de représentation, c’est-à-dire l’espace vécu à travers les images et symboles qui l’accompagnent, donc espace des “habitant” et des “usagers”, mais aussi de certains artistes et peut-être de ceux qui décrivent et croient seulement décrire : les écrivains, les philosophes. C’est l’espace dominé, donc subi, que tente de modifier et d’approprier l’imagination. Il recouvre l’espace physique en utilisant symboliquement ses objets »

Ma démarche suivante, après avoir lu le livre, a été encore une fois de me poser une question : comment repenser cette modélisation hiérarchique du processus de production de l’espace ? Et encore, la théorisation de Lefebvre est-elle encore entièrement valable à l’ère du numérique ?

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Afin de répondre à ces questions, j’ai essayé de comparer la réflexion lefebvrienne, pour l’adapter au contexte contemporain, à la théorie de l’éditorialisation, qui me semble être actuellement la réflexion la plus globale et ambitieuse sur le fait numérique. Depuis toujours cette théorie, issue de l’analyse éditoriale des documents numériques, s’est chargée d’étudier davantage le numérique, abordé non seulement sous ses aspects techniques et technologiques, mais aussi sous ses retombées culturelles profondes.

Cette comparaison est légitimée, je crois, aussi par la tournure que Louise lui a donné, dans son article Le profil : une rhétorique dispositive. Dans ce texte, Louise opère une résemantisation de la pratique éditorialisante en termes spatiaux : l’éditorialisation d’un profil numérique engendre deux façons opposées d’occuper l’espace numérique : Khoros, où le profil est une danse qui crée un espace à occuper par cette danse même, ou Topos, où le profil est un point, surdéterminé par le profilage des big data.

Comment aller encore plus loin dans cette spatialisation de l’éditorialisation ?

Je propose ici une autre comparaison, cette fois-ci entre l’éditorialisation et la théorie du nomos telle que développée par le juriste allemand Carl Schmitt.

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Le terme nomos a été employé par Schmitt pour la première fois, en 1942, dans son livre Terre et mer, huit ans avant la publication de son chef d’œuvre, Le nomos de la terre, et il est défini de la façon suivante :

« Tout ordre fondamental est un ordre spatial. Parler de la constitution d’un pays ou d’un continent, c’est parler de son ordre fondamental, de son nomos. Or, l’ordre fondamental, le vrai, l’authentique, repose essentiellement sur certaines limites spatiales, il suppose une délimitation, une dimension, une certaine répartition de la terre. L’acte inaugural de toute grande époque est une appropriation territoriale »

Je mettrai à l’épreuve du numérique cette définition. Pour ce faire, j’identifie 4 axes.

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1. L’espace comme milieu

2. Les techniques et les technologies

3. Les instances de l’autorité

4. Le symbolique et l’imaginaire

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1. Le milieu

Schmitt donne d’emblée une caractérisation très particulière de ce qu’est l’espace, en parlant de la terre qui est

« […] le lieu où il [l’homme] vit, se meut, se déplace. Elle est son sol et son milieu. C’est elle qui fonde ses perspectives, détermine ses impressions, façonne le regard qu’il porte sur le monde ».

Comme pour Lefebvre, pour Schmitt aussi l’espace n’est pas un objet, un contenant vide ou une abstraction : il est un milieu. L’espace influence les êtres humains, leurs perspectives, impressions et regards : il n’est pas un élément neutre ou indifférent, il est partie prenante du processus d’« hominisation ». De plus, en tant que milieu, l’espace est aussi l’objet des actions et des pratiques humaines, car

« […] l’homme n’est pas un être entièrement agi par son milieu. Il a le pouvoir de conquérir, par l’histoire, son existence et sa conscience ».

L’espace acquiert son caractère de milieu en ce qu’il est inséré dans cette boucle récursive : il n’est ni territoire ni réseau. Je proposepour la dernière fois d’élargir la définition d’éditorialisation donnée par Marcello, avant qu’il la change comme il m’a annoncé, en la considérant comme

« l’ensemble des dynamiques qui produisent et structurent l’espace numérique. Ces dynamiques sont les interactions des actions individuelles et collectives et du milieu numérique ».

Cette définition met en relief l’entrelacement de la pluralité des actions des acteurs spatiaux et du caractère multiforme propre à l’espace-milieu.

Deuxième point : SLIDE

2. Technique et technologie

Faut-il encore rappeler l’importance de la technique et de la technologie dans la production de l’espace ? Le développement de nouveaux types de bateaux et de voiles en Europe permit la découverte de l’Amérique et le premier tour du monde par voie maritime :

« [c]’est alors que naît un “nouveau monde”, au sens le plus audacieux du terme. La conscience globale des peuples d’Europe centrale et occidentale, puis de toute l’humanité, est bouleversée de fond en comble. Il s’agit, au sens plein, de la première révolution authentique de l’espace, c’est-à-dire à l’échelle planétaire ».

Si personne ne peut nier l’influence de la technique sur l’espace, la relation inverse demeure problématique. Mais comme montré par Schmitt à l’égard de la boussole, l’espace influence également la technique et la technologie.

Durant des siècles, Venise a été la ville maritime la plus importante de l’Italie — et peut-être même de la Méditerranée entière. Cependant, son influence n’a jamais franchi les limites du bassin européen, puisqu’elle s’est rapidement laissée dépasser par l’Angleterre dans la domination des mers. Si les Vénitiens n’ont jamais exploité à fond les possibilités de l’utilisation moderne de la boussole, c’est parce qu’ils étaient trop étroitement liés à un espace qui ne permettait pas d’en saisir les potentialités :

« [m]ême du point de vue de la technique de navigation, la République de Venise ne quitta pas, jusqu’à son déclin en 1797, la Méditerranée et le Moyen Âge. À l’instar des autres peuples méditerranéens, Venise ne connut que le bateau à rame, la galère. C’est de l’Océan atlantique que fut introduite en Méditerranée la grande navigation à voile ».

Si tout le monde peut être d’accord avec cette relation, qu’est-ce qu’il en est quand on parle du numérique ? Internet, on le sait, est né en tant que technique de gestion de l’espace militaire, pour faire face à la possibilité d’une attaque pouvant causer un arrêt total des communications. Or la chaîne de transmission des informations militaires et politiques a connu peu de changements au XXe siècle. Ce qui a changé, en revanche, c’est l’espace : à partir de la Deuxième Guerre mondiale, États-Unis et Union soviétique ont commencé à habiter le même espace, caractérisé par une proximité inouïe, due aux nouvelles techniques de combat qui ouvrirent aussi une nouvelle dimension planétaire. Sans ce rapprochement à la fois technique et spatial des distances, il n’aurait pas été nécessaire de développer Internet et de changer encore une fois l’espace, comme bien souligné par Boris Beaude dans Internet. Changer l’espace, changer la société.

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3. Les pratiques : les instances de l’autorité.

La pratique à la base de toute instanciation d’un pouvoir sur un territoire, et réciproquement, est magistralement décrite par Rousseau :

« [l]e premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile ».

Il s’agit ici de la même boucle récursive qui engendre les changements spatiaux : le simple fait qu’un terrain soit clôturé ne suffit pas à créer une autorité, il faut aussi que les pratiques des autres respectent cet acte et cet espace. En d’autres termes : il faut que l’autorité soit inscrite directement dans le geste qui restructure un espace préexistant.

Désignant à l’origine la place réservée au pâturage, le terme nomos s’est progressivement mis à signifier « partage », « division impliquant une idée d’ordre » et, enfin, « usage », « coutume ayant force de loi » ainsi que la loi elle-même.

Or, on peut trouver la même dynamique à l’œuvre dans l’espace numérique : pensons à Google. Google n’a pas les traits caractérisant une autorité au sens classique, telle qu’un État ou une université. Cependant, en se greffant sur les possibilités offertes par l’espace numérique, Google a déclenché de nouveaux usages produisant de nouvelles formes d’autorité. Désormais, dans les pratiques quotidiennes de la plupart des gens, Google est effectivement le Web : son algorithme d’indexation, PageRank, est devenu tellement normatif qu’aujourd’hui les sites web sont créés pour s’y adapter de la meilleure façon possible — PageRank est le nomos du web.

Or, la question centrale est : dans quel type d’espace Google a-t-il produit son autorité ?

Pour y répondre, il nous faut interroger le sous-entendu de la métaphorisation spatiale la plus convoquée pour penser l’espace numérique, l’imaginaire maritime : « naviguer », « surfing the web », « navigateur », « piraterie informatique », etc. En opposant terre et mer, Schmitt dit que

« [l] » ordre continental implique la subdivision en territoires nationaux. Le grand large, [la mer] lui, est libre : il ne connaît pas d’État, il n’est soumis à aucune souveraineté étatique ou territoriale. »

Du moment que la mer ne permet pas un traçage durable, comme celui ancré sur la stabilité de la terre, ce n’est qu’à partir des pratiques concrètes et des conventions entre les acteurs impliqués que la structuration de l’espace marin est rendue possible. Sur cette surface mobile, instable et changeante, aucune autorité donnée n’est possible, mais elle doit toujours être négociée et produite. Telle est aussi la situation de l’espace numérique, où les entreprises, voiliers légers, réussissent à établir de véritables autorités plus facilement que les états, vaisseaux trop lourds pour répondre efficacement à la vitesse des changements.

Venons au dernier point.

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4. Le symbolique et l’imaginaire.

Schmitt nous montre que l’imaginaire et le symbolique jouent un rôle fondamental dans la restructuration de l’espace — peut-être en sont-ils même les éléments décisifs. Il ne s’agit pas, comme on le verra, de dire que le symbolique et l’imaginaire sont plus importants que d’autres éléments. Nous soulignons plutôt le fait qu’une combinaison conjoncturelle de tous les éléments que nous venons d’analyser est nécessaire à toute compréhension.

La « découverte » de l’espace cosmique en est un exemple : si Copernic

« […] transforma notre système solaire, il en resta à l’idée que l’espace, ou le cosmos, était un champ limité. Le monde, au sens cosmique, et donc la notion d’espace, n’en furent pas transformé. Quelques décennies plus tard, les frontières tombèrent : dans le système philosophique de Giordano Bruno, le système solaire […] n’est qu’un des nombreux systèmes solaires au sein d’un firmament infini. […] L’homme pouvait désormais se représenter un espace vide. Autrefois, l’homme avait peur du vide »

La dimension symbolico-imaginaire vient s’ajouter à la fin de notre analyse de manière à compléter, pour ainsi dire, l’ensemble des éléments nécessaires à un changement de paradigme spatial. Cette dimension permet aux êtres humains de saisir le nouvel espace en son entièreté, de s’en donner une véritable représentation. Ceux qui n’ont pas une conscience symbolique de l’espace où ils vivent, vivent dans un tout autre espace : nos représentations façonnent notre monde autant que nos pratiques, nos économies, nos technologies.

Comme pour tout espace, dans le numérique aussi la dimension symbolique catalyse l’ensemble des autres éléments. Penser le numérique sans « navigation », « sites », « réseaux », « circulation » équivaudrait à habiter un espace différent.

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Pour conclure cette présentation très théorique, comme d’habitude, je voudrais montrer deux exemples d’éditorialisation liée à l’espace numérique.

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Le premier, The World’s Eyes, est un project de Fabien Girardin, chercheur et ingénieur. Ce projet, basé sur la géolocalisation des photos publiées sur Flickr, recoupe la distinction posée par Louise, en la reformulant en empreintes passives et actives. Les empreintes passives sont les données issues du profilage, alors que celles actives sont les données volontairement partagées par les touristes qui ont visité telle ou telle autre ville. En exploitant ces dernières données, Girardin construit des cartographie relationnelles, tout en participant à refaçonner l’image de la ville.

« Notre travail suggère qu’exploiter les données pour savoir qui visite les différentes parties de la ville en différents moments, peut mener à prévoir services personnalisés, changer les horaires d’ouverture des musées ou la mise en place de stratégies urbaines. De l’autre point de vue, les touristes eux-mêmes peuvent devenir conscient de la véritable façon dont ils vivent la ville, et adopter d’autres stratégies en réponse. […] En quelque sorte, nous avons les moyens pour revoir la ville et ses processus »

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Le deuxième projet, Dérives, est un chantier collaboratif littéraire basé à Montréal.

Au cours des années il a changé plusieurs fois sa structure : parti comme troc d’éléments créatifs via les blogues des participants, aujourd’hui il se déroule presque exclusivement sur Twitter, donc je vais me concentrer sur cette dernière forme du projet.

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Les règles poétiques pour participer sont très simples : il faut utiliser l’hashtag #dérives et un hashtag géolocalisant. Une fois ces contraintes remplies, tout le monde peut y participer, vu que Twitter est un espace public.

Dérives se présente d’entrée de jeu comme une manière de raconter la ville au moyen de micro-récits géolocalisé, en raconter les endroits les plus inconnus ou les gens qui la traversent et l’habitent.

L’aspect sur lequel je me concentrerai aujourd’hui est la possibilité de détourner l’espace urbain grâce à la structure numérique de ce projet.

Prenons le cas de l’hashtag #Ontario. Déjà, l’hashtag est un élément qui permet de voir les dynamiques nomotiques à l’œuvre : les pratiques des usagers ont poussé la plateforme à accueillir et s’emparer de cette manière de mettre en évidence de mot-clés, qui n’était pas prévue au début par Twitter. Parfois, la contrainte des 140 caractères, imposée par la plateforme Twitter qui se pose ainsi comme autorité, oblige les écrivains à oblitérer le mot rue. De cette façon l’hashtag Ontario arrive à désigner à la fois une province canadienne, un lac et une rue de Montréal, mais aussi de plusieurs autres villes au Canada. Cette obligation a été prise en charge par les écrivains qui l’ont exploitée pour créer une poétique du déplacement et de la restructuration spatiale : sur Twitter si l’on cherche à savoir quelque chose sur le lac Ontario, on lira aussi un Tweet littéraire qui parle de Montréal. Ainsi, l’espace urbain, numérique et littéraire entrent dans un entrelacement indémêlable.

Pour conclure, je voudrais partager la réflexion spatiale numérique sur la dérive de Pharaon Parka, mystérieux participant au chantier, qui bien résume les dynamiques nomotiques à l’œuvre dans ce projet.

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« Dérive = réalité augmentée sans technologie. Faut ouvrir les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, tendre les mains. Marcher dans la ville. Ou ailleurs. Ralentir. Flâner. Observer. Se laisser imprégner. Errer. Et, surtout, avoir du plaisir à le faire. Et puis écrire si le coeur nous en dit ».

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